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Les Paradis artificiels

Inspiré des Confessions d'un Anglais mangeur d'opium (1822) de Thomas de Quincey.

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Préface

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   À J. G. F.
   
    Ma chère amie,
   
   Le bon sens nous dit que les choses de la terre n'existent que bien peu, et que la vraie réalité n'est que dans les rêves. Pour digérer le bonheur naturel, comme l'artificiel, il faut d'abord avoir le courage de l'avaler, et ceux qui mériteraient peut-être le bonheur sont justement ceux-là à qui la félicité, telle que la conçoivent les mortels, a toujours fait l'effet d'un vomitif.
   A des esprits niais il paraîtra singulier, et même impertinent, qu'un tableau de voluptés artificielles soit dédié à une femme, source la plus ordinaire des voluptés les plus naturelles. Toutefois il est évident que comme le monde naturel pénètre dans le spirituel, lui sert de pâture, et concourt ainsi à opérer cet amalgame indéfinissable que nous nommons notre individualité, la femme est l'être qui projette la plus grande ombre ou la plus grande lumière dans nos rêves. La femme est fatalement suggestive ; elle vit d'une autre vie que la sienne propre ; elle vit spirituellement dans les imaginations qu'elle hante et qu'elle féconde.
   Il importe d'ailleurs fort peu que la raison de cette dédicace soit comprise. Est-il même bien nécessaire, pour le contentement de l'auteur, qu'un livre quelconque soit compris, excepté de celui ou de celle pour qui il a été composé ? Pour tout dire enfin, indispensable qu'il ait été écrit pour quelqu'un ? J'ai, quant à moi, si peu de goût pour le monde vivant que, pareil à ces femmes sensibles et désoeuvrées qui envoient, dit-on, par la poste leurs confidences à des amis imaginaires, volontiers je n'écrirais que pour les morts.
   Mais ce n'est pas à une morte que je dédie ce petit livre ; c'est à une qui, quoique malade, est toujours active et vivante en moi, et qui tourne maintenant tous ses regards vers le Ciel, ce lieu de toutes les transfigurations. Car, tout aussi bien que d'une drogue redoutable, l'être humain jouit de ce privilège de pouvoir tirer des jouissances nouvelles et subtiles même de la douleur, de la catastrophe et de la fatalité.
   Tu verras dans ce tableau un promeneur sombre et solitaire, plongé dans le flot mouvant des multitudes, et envoyant son coeur et sa pensée à une Electre lointaine qui essuyait naguère son front baigné de sueur et rafraîchissait ses lèvres parcheminées par la fièvre ; et tu devineras la gratitude d'un autre Oreste dont tu as souvent surveillé les cauchemars, et de qui tu dissipais, d'une main légère et maternelle, le sommeil épouvantable.
   


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La plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu'il n'existe pas. -- Homme libre, toujours tu chériras la mer ! -- On ne peut oublier le temps qu'en s'en servant. -- Etre un homme utile m'a toujours paru quelque chose de bien hideux. -- J'ai toujours été étonné qu'on laissât les femmes entrer dans les églises. -- Plus encore que la vie -- Dieu serait injuste si nous n'étions pas coupables. -- Le diable, je suis bien obligé d'y croire, car je le sens en moi ! -- Il n'est pas de plaisir plus doux que de surprendre un homme en lui donnant plus qu'il n'espère. -- Faut-il qu'un homme soit tombé bas pour se croire heureux. -- La volupté unique et suprême de l'amour gît dans la certitude de faire le mal. Et l'homme et la femme savent de naissance que dans le mal se trouve toute volupté.Le Salon de 1845
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"J'ai toujours été étonné qu'on laissât les femmes entrer dans les églises." 
 
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