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Les Fleurs du mal

Première édition

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XXX LE LÉTHÉ

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    Viens sur mon cœur, âme cruelle et sourde,
    Tigre adoré, monstre aux airs indolents ;
    Je veux longtemps plonger mes doigts tremblants
    Dans l'épaisseur de ta crinière lourde ;
   
   
    Dans tes jupons remplis de ton parfum
    Ensevelir ma tête endolorie,
    Et respirer, comme une fleur flétrie,
    Le doux relent de mon amour défunt.
   
   
   
    Je veux dormir ! dormir plutôt que vivre !
    Dans un sommeil, douteux comme la mort,
    J'étalerai mes baisers sans remord
    Sur ton beau corps poli comme le cuivre.
   
   
    Pour engloutir mes sanglots apaisés -
    Rien ne me vaut l'abîme de ta couche ;
    L'oubli puissant habite sur ta bouche,
    Et le Léthé coule dans tes baisers.
   
   
    A mon destin, désormais mon délice,
    J'obéirai comme un prédestiné ;
    Martyr docile, innocent condamné,
    Dont la ferveur attise le supplice,
   
   
    Je sucerai, pour noyer ma rancœur,
    Le népenthès et la bonne ciguë
    Aux bouts charmants de cette gorge aiguë
    Qui n'a jamais emprisonné de cœur.
   
   
   
   


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La poésie n'a pas d'autre but qu'elle-même. -- Ce qui est créé par l'esprit est plus vivant que la matière. -- Plus encore que la vie -- Le mal se fait sans effort, naturellement, par fatalité ; le bien est toujours le produit d'un art. -- La plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu'il n'existe pas. -- Plus encore que la vie -- Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire. -- Toute littérature dérive du péché. -- Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire. -- Qu'est-ce que l'amour ? Adorer, c'est se sacrifier et se prostituer. -- Pourquoi les démocrates n'aiment pas les chats, il est facile de le deviner. Le chat est beau; il révèle des idées de luxe, de propreté, de volupté, etc.Le Salon de 1845
Le Salon de 1846
Le Salon de 1859
La Fanfarlo
Les Fleurs du mal, première édition (1857)
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"Le cri du sentiment est toujours absurde ; mais il est sublime, parce qu'il est absurde." 
 
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